Chaque arbre est un cas particulier
Certains spécialistes conviennent de ce que les besoins de l'arbre
en matière d'élagage, se limitent principalement à
l'enlèvement des branches mortes, faibles, blessées, nuisible
ou qui se touchent.
Et ce, après avoir considéré les avantages de leur
élimination ainsi que les inconvénients causés par
la perte d'une branche d'importance moyenne, surtout si elle est issue
du tronc principal ou de toute section ayant fait l'objet, pour divers
motifs, d'un élagage sévère.
En d'autres termes, chaque arbre représente un cas particulier
et il faut un motif précis avant d'enlever une branche.
À la suite de l'élagage d'une
branche située au centre de la cime, il va de soi que celle-ci sera
plus aérée. Il me semble exact de prétendre que cette
aération est plutôt la conséquence d'un acte nécessaire
que le but de l'élagage.
Nécessité de l'aération du centre
de la cime
Cependant, d'autres spécialistes ne semblent pas partager cette
façon de voir. Ils préconisent ou réalisent plutôt
des travaux d'élagage avec une philosophie quelque peu différente.
Leurs interventions en ce qui a trait à l'aération du
centre de la cime des arbres, se voudraient nettement plus radicales. Pour
eux, il est nécessaire de procéder ainsi pour permettre à
l'air et au soleil de pénétrer au centre de la cime. Car,
disent-ils, le milieu plus sec qui en résulte favorise moins l'apparition
et la prolifération des insectes et des maladies.
Il y a du vrai dans tout cela, tout au moins à court terme. Cependant,
en observant au cours des années subséquentes l'arbre ainsi
traité, nous constaterons que sa réaction à ces interventions
aura provoqué des résultats contraires à l'effet recherché.
Des bourgeons terminaux fragiles au gel.
L'apparition et le développement de gourmands, sous les coupes,
sont des réactions que nous pouvons observer fréquemment
en pareilles occasions. Un éclaircissement sévère
provoquera une croissance rapide des gourmands, surtout à la verticale,
car une trouée aura été faite à la partie supérieure.
Il est à noter qu'un gourmand de ce type aura tendance à
entrecroiser les autres branches.
Selon la période et la sévérité auxquelles
l'élagage aura été effectué, ces bourgeons
n'auront pas toujours le temps d'aoûter, ce qui rendra les bourgeons
terminaux fragiles au gel.
Et même si à court terme, aucun bourgeon ne subit de dégâts,
certains gourmands commenceront néanmoins à dépérir
en raison d'un manque de soleil. En effet, la nouvelle végétation
aura vite fait de combler les trouées ainsi faites dans la cime.
Elle s'en trouvera bientôt ombragée en son centre.
Rôle de l'arboriculteur.
Je partage l'opinion de certains de mes collègues pour qui le
rôle de l'arboriculteur consiste plus à aider l'arbre à
se débarrasser des branches nuisibles (mortes, blessées,
croisées, etc.) qu'à se substituer à la nature en
enlevant, sans autre but précis, des branches saines, avec comme
effet, de déstabiliser l'arbre et de lui causer d'inutiles blessures.
D'ailleurs, lorsque de grosses branches sont cassées accidentellement,
n'apprécions-nous pas alors que les branches voisines soient encore
intactes?
Modifications à la structure de l'arbre.
Une autre constatation me semble inquiétante et j'aimerais attirer
votre attention sur la modification à la structure même des
arbres à la suite de certaines de ces interventions.
À cet effet, permettez-moi de référer au "Journal
of Arboriculture" d'avril 1980, en page 106. Dans un article intitulé
"Structural development of trees", monsieur Richard W. Harris nous fait
part de certaines caractéristiques qu'un arbre aurait avantage à
posséder pour lui permettre de mieux résister aux forces
des vents et des autres intempéries.
En voici donc un court extrait:
"Stress Distribution
A tree that has grown or been trained properly
will have branches and foliage that are well distributed for better withstanding
storms and other hazards. Leiser and Kemper (4) determined that an unstaked
tree can best withstand wind stress and continue balanced growth if half
or more of its foliage is on branches originating from the lower two third
of the trunk. Stress on such a tree will be evenly distributed along the
lower 60% of its trunk, with much less stress beyong. This tree will have
the growth characteristics attributed to unstaked trees."
À la suite de mes nombreuses observations faites sur des arbres
dont le centre de la cime fût l'objet d'une aération prononcée,
j'en suis venu à la conclusion que ces derniers ont subi une modification
de leur structure dans le sens opposé au modèle proposé
par monsieur Harris
Du bien-fondé de l'élimination des branches
entrecroisées.
Un point sur lequel tous s'entendent est le bien-fondé de l'élimination
des branches croisées. Mais, à titre d'exemple, je doute
qu'il soit nécessaire d'enlever une branche de cinq centimètres
pour l'unique raison que quelques-une de ses petites ramilles entrecroisent
un branche voisine!
La sévérité de l'intervention sera fonction de
l'interprétation qu'en fera le spécialiste concernant les
branches faibles, blessées ou entrecroisées.
Attention dans la pratique de l'élagage!
Également, d'après l'opinion de certains spécialistes
en physiologie de l'arbre, il faut faire attention dans la pratique de
l'élagage, quelle que soit son importance. En effet, nous retrouvons
à l'intérieur de la cime des arbres, nombre de feuilles dites
d'ombre dont la structure interne n'est pas adéquate pour supporter
plus de chaleur et de lumière.
Enfin, en considérant que la dynamique de la morphogenèse
des rameaux est très différente chez les essences feuillues
dites à zone poreuse, à pores diffus et chez les conifères,
la période et la sévérité de la taille deviennent
alors des paramètres de toute première importance.
NB Ce texte a été publié dans la revue Arboriculture-Québec,
à l'automne 1991.
Pour informations supplémentaires:
arbres@canada.com
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