Comment tailler vos arbres d'ornement.
Des conseils pratiques, faciles à suivre et
qui vous aideront à favoriser un développement harmonieux
de vos arbres d'ornement.
Dans les villes et les banlieues, une bonne partie des arbres connaissent
un développement anormal en raison de tailles multiples et hasardeuses
dont ils sont l'objet. Généralement mal taillés, les
arbres ornant nos municipalités présentent une structure
faible et sont souvent affectés par des problèmes de carie.
Nous sommes d'avis que la taille d'un arbre ne doit pas être confiée
au premier venu. Comme toute méthode de traitement ou d'intervention,
elle doit être entreprise
en tenant compte de différents facteurs, lesquels doivent concourir
à favoriser le développement et la santé de l'arbre.
C'est pourquoi nous désirons ici attirer l'attention sur l'importance
de ces facteurs.
Les critères de taille.
Avant de procéder à la taille d'un arbre, il serait bon
d'évaluer dans quelle mesure cette opération donnera les
résultats escomptés.
Car
aussi surprenant que cela puisse paraître, il arrive souvent que
l'effet obtenu soit à l'inverse de celui recherché, en plus
de causer des torts sérieux à l'arbre. La photographie #
1 illustre très bien le genre de problèmes qui peuvent résulter
d'une taille inadéquate. Le type d'intervention qui a été
pratiquée dans ce cas entraîne souvent un problème
majeur de carie, donnant naissance à des fourches faibles au niveau
de la coupe, en plus d'affaiblir la fourche déjà existante
à la base. Par ailleurs, le croquis #1 démontre de quelle
manière une faiblesse peut être accentuée par la progression
de la carie.
Essentiellement, une taille est une blessure que l'on cause à
la plante; cette blessure provoque un stress et entraîne une réaction
de sa part. Si cette taille est justifiée, la plante en récoltera
d'indéniables avantages. Par contre, si une coupe est pratiquée
à tort et à travers (comme cela se voit très fréquemment)
et à de mauvaises périodes, il s'ensuivra de sérieux
problèmes pour la plante. En plus de la technique qui laisse généralement
à désirer, la grande majorité des problèmes
rencontrés découlent du fait que l'on cherche à donner
une forme artificielle à l'arbre, tout en réduisant anormalement
sa taille.
Lorsqu'il s'agit de tailler un arbre, l'arboriculteur de métier
doit tenir compte des points importants que voici:
a) Choisir une période recommandable. Il existe plusieurs périodes
propices à la taille. Selon l'espèce d'arbre, son âge,
son état de santé, ainsi que le type de taille à exécuter,
on verra différents avantages à tailler à telle ou
telle période de l'année. Cependant, il appert qu'aucun arbre
ne devrait être taillé d'une façon marquée durant
le premier mois suivant l'apparition des feuilles. Pour les arbres feuillus,
à l'exception des arbres fruitiers (lesquels doivent être
taillés entre le 15 mars et le 15 avril), les deux premières
semaines de mai sont particulièrement indiquées, tout au
moins en ce qui concerne la région de Québec.
B) Favoriser le prolongement de la tige principale dont le développement
futur (la cime) surplombera les branches latérales déjà
existantes. Cette technique permet d'obtenir un arbre avec une structure
forte et ce, dans un laps de temps relativement court. Ce type de taille
permet également à l'arbre de résister assez bien
aux mauvaises conditions climatiques. Il est à noter ici qu'il ne
s'agit pas d'alléger la cime de l'arbre, mais bien de diriger vers
l'extérieur le développement des branches principales. Ceci
va à l'encontre d'une pratique courante et non recommandable qui
consiste à couper la tête de l'arbre dans le but de favoriser
le développement des branches inférieures. Ce mauvais procédé
entraîne le développement à la verticale de nouvelles
branches qui généralement s'entrecroisent, en plus de causer
des fourches faibles. Ce dernier cas représente un problème
sérieux que bien des gens causent très fréquemment
aux arbres (voir à nouveau la photo # 1).
C) Enlever le plus de bois comparativement au feuillage potentiel, tout
en causant des blessures les moins nocives possibles. Le feuillage potentiel
est celui qui sera obtenu lors de la prochaine période de végétation.
D) Éliminer les branches dangereuses, nuisibles, brisées
ou qui se touchent.
E) Éliminer les branches mortes, sans affecter la cicatrisation
déjà en place.
Dans le cas d'un arbre déjà établi et ne présentant
pas de structure faible, le profane devrait se limiter à ce qui
suit: enlever les branches mortes, nuisibles, brisées, dangereuses
ou qui se touchent, en prenant bien soin de tailler un embranchement situé
le plus loin possible du tronc. Le but visé ici est de faire une
blessure la plus légère possible. Il faut aussi garder une
marge de sécurité au cas où cette blessure ne guérirait
pas. Si tel était le cas, on pourrait alors tailler à la
fourche précédente.
Quelques cas particuliers.
L'érable rouge, l'érable argenté, le sorbier, le
tilleul et les arbres fruitiers en général présentent
souvent des fourches importantes à angle aigu, ce qui revient à
dire qu'ils comportent une structure faible. Il est possible, dans la plupart
des cas, de corriger cette situation en procédant de la façon
décrite ci-après. Généralement, l'arbre réagit
très bien à ce type d'intervention et le tout s'améliore
d'année en année. Il s'agit donc d'enlever des tiges se dirigeant
vers le haut ou vers l'intérieur de l'arbre. Mais attention, ces
tiges doivent provenir de la ou des branches secondaires importantes et
à angle fermé seulement (voir le croquis # 2).
La taille après la plantation.
Lors d'une plantation, afin de compenser pour la perte des racines,
il serait bon d'enlever toutes les branches situées à moins
de six pieds du sol, en plus des branches mortes, brisées ou qui
se touchent. Si l'on désire réduire une branche trop grande,
il ne faut le faire qu'à la condition qu'une tige importante se
dirige vers le haut, celle-ci seulement devra être enlevée
à son point de jonction avec la branche principale. En outre, une
taille supplémentaire appropriée au début de mai serait
bénéfique à l'arbre. Il serait bon alors d'enlever
quelques branches du tronc, mais n'allez pas enlever les plus grosses,
ni les plus petites. Au risque de nous répéter, il n'est
pas question de couper la flèche terminale, soit la tête de
l'arbre, ce qui favoriserait le développement de deux tiges au niveau
de la coupe. Une telle erreur aurait la fâcheuse conséquence
de provoquer, à long terme, des fourches extrêmement faibles
(voir le croquis no 3.)
La technique et l'angle de coupe.
Les petites branches devraient être
coupées de préférence à l'aide d'un sécateur,pour
ce qui est des plus grosses, on aura recours à une scie. Si les
lames des outils de travail viennent en contact avec une partie d'arbre
malade, on devrait voir à les désinfecter en les trempant
dans de l'alcool de bois durant dix secondes ou en les badigeonnant de
ce produit. Cette précaution évitera de propager la maladie
d'une branche à l'autre ou, pis encore, d'un arbre à l'autre.
Lorsqu'il est impossible de retenir sûrement la branche qui doit
être enlevée, on devrait procéder par étapes,
pour éviter de déchirer l'écorce et d'abîmer
l'arbre. Une coupe partielle sera d'abord faite en dessous de la branche,
à trente centimètres environ du point d'intersection d'où
elle est retenue. Une deuxième coupe se situera au-dessus et à
quelques centimètres plus loin. Lorsque cette section de branche
sera détachée, on procédera alors avec précaution
à la coupe finale. Il est très important que cette dernière
soit exécutée dans l'angle idéal et à la bonne
distance, afin que la blessure se referme dans les meilleurs délais.
Concernant l'angle de taille, il convient de noter que les branches de
plus de deux centimètres doivent être taillées à
un angle intermédiaire entre celui de la branche et l'angle de 45
degrés. Les plus petites seront taillées à angle légèrement
plus droit (voir le croquis #2).
Moignons et chicots.
On devrait également éviter de laisser des moignons possédant
une écorce tendre. Car c'est justement sur ce genre de tissus que
s'installent et se reproduisent les éléments pathogènes
(c'est-à-dire qu'il provoquent une maladie) les plus dommageables.
Notons que c'est aussi par l'Intermédiaire des chicots et des moignons
que la carie sera propagée à l'intérieur de l'arbre.
À la longue, ce fait aura pour conséquence de rendre l'arbre
fragile et sujet aux bris occasionnés par les vents violents.
Même s'il s'avère important que toute branche morte soit
enlevée au complet, il est possible de démontrer qu'un chicot
est nettement plus nocif pour l'arbre qu'une branche morte laissée
entière. Dans ce dernier cas, une carie s'installera au point de
jonction avec la branche saine, créant ainsi un point faible lui
permettant de casser lors d'un verglas ou d'un grand vent. Évidemment,
par mesure de sécurité, il serait imprudent de laisser une
branche de grande dimension se casser toute seule.
Les produits de recouvrement.
Nous croyons important, avant de terminer, d'adresser une sérieuse
mise en garde à l'endroit des propriétaires qui ont l'habitude
de panser les blessures de leurs arbres avec des produits de recouvrement:
émulsion d'asphalte, vernis, etc. Nous déconseillons l'usage
de ces produits, car des recherches et des expériences récentes
ont mis en doute leur efficacité. Nous sommes d'avis qu'aucun produit
ne devrait venir en contact avec l'écorce nouvellement découpée.
Des expériences personnelles nous ont convaincus, par surcroît,
que ces produits sont également plus néfastes qu'utiles,
en ce sens qu'ils retiennent l'humidité et favorisent la carie.
Nous tenons enfin à spécifier que dans certaines circonstances,
notamment dans le cas de gros arbres, l'arboriculteur de métier
aura avantage à faire usage d'un fongicide. Pour ce qui est du profane
toutefois, son intervention dans le traitement des blessures devrait se
limiter à découper l'écorce pourrissante.
N B Ce texte a été publié dans la revue "Forêt
Conservation", en avril 1981.
Pour informations supplémentaires: arbres@canada.com
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